Laszlo Nagy : l’organisateur légendaire derrière First Saturday

Portrait de Laszlo Nagy, l'homme qui organisa des tournois mensuels à Budapest pendant 35 ans et révéla des champions comme Carlsen.

Temps de lecture : 4 min

Points clés à retenir

  • Passion : Laszlo Nagy a organisé des tournois mensuels à Budapest pendant 35 ans par amour du jeu et des joueurs.
  • Révélateur : Son tournoi First Saturday a vu les débuts de futures stars comme Magnus Carlsen ou Fabiano Caruana.
  • Pédagogie : Son conseil aux organisateurs : aimer les échecs et, surtout, respecter les joueurs.

L’homme qui a fait de Budapest un passage obligé

Sur l’échiquier de la scène internationale, certains noms résonnent plus que d’autres. Je pense à Vachier-Lagrave, bien sûr, ou à Fressinet. Mais en coulisses, des figures comme Laszlo Nagy ont façonné le parcours de ces champions. Organisateur légendaire des tournois First Saturday à Budapest, cet homme a tenu un événement chaque mois pendant 35 ans. En pratique, c’est une folie logistique. C’est là que ça se joue, entre passion et discipline militaire.

Je me souviens de mes débuts au club de Limoges dans les années 80. On rêvait déjà de ces tournois à l’étranger, de ces normes de Maître International. Laszlo Nagy, lui, les a rendus accessibles. Des centaines de joueurs, du Limousin à l’Inde, lui doivent leur titre d’IM ou de GM. Le Limousin a toujours produit de bons joueurs, mais sans ces tremplins internationaux, leur voie aurait été plus étroite.

De la chimie militaire aux échecs : un parcours unique

Laszlo Nagy n’est pas tombé dans les échecs par hasard. Né en 1957, il a d’abord étudié la chimie et enseigné cette matière dans une académie militaire. Voyons la position : un scientifique, formé à la rigueur. Ce bagage, il l’a transposé sur l’échiquier organisationnel. Après un stage à l’académie Timochenko de Moscou à la fin des années 80, il a appliqué les principes de logistique et de management militaire à ses tournois. Une discipline de fer, qu’il appelle lui-même un « enthousiasme maniaque ».

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Ce qui a tout changé ? Comme pour beaucoup de ma génération, le match Fischer-Spassky de 1972. Cette énergie planétaire autour des 64 cases l’a convaincu que sa place était là, au service du jeu. En 1992, il saute le pas et devient organisateur professionnel à Budapest.

First Saturday : le laboratoire des futurs grands maîtres

Décortiquons cette institution. Le tournoi « First Saturday » (Premier Samedi) est né de l’idée simple d’offrir une chance mensuelle aux joueurs de décrocher une norme. Au niveau régional comme international, c’était une révolution. Avant Internet, Laszlo constituait les tableaux au téléphone et par fax. Une patience d’ange.

Et quels tableaux ! Un jeune Norvégien de 14 ans nommé Magnus Carlsen y a forgé ses premières armes. Fabiano Caruana y a obtenu trois normes de Grand Maître d’affilée. Peter Leko, alors jeune et sans grands moyens, y a trouvé un soutien précieux. Laszlo a toujours privilégié le talent sur le profit immédiat. Des pépites indiennes comme Divya Deshmukh ou Abhimanyu Mishra, le plus jeune GM de l’histoire, y ont aussi brillé.

En tant qu’arbitre national, je sais le travail que représente un seul tournoi. En organiser un par mois, sans faille, pendant des décennies, relève de l’exploit. C’est un amour inconditionnel du jeu. Son conseil aux jeunes organisateurs de nos ligues, en Creuse ou en Haute-Vienne, est limpide : « Vous devez vraiment aimer les échecs et, surtout, vous devez aimer les joueurs« .

Laszlo Nagy, hors du tournoi

Et les autres samedis du mois ? Il joue aux échecs par correspondance, avec 20 à 30 parties en simultané. Une façon de rester connecté à la beauté du jeu, loin du stress de l’organisation. Son remède pour un joueur démoralisé par une défaite ? Une spécialité hongroise : la purée de marrons chantilly. La douceur après l’effort.

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Sa vision est profondément humaine. Interrogé sur le message qu’il enverrait à son moi de 90 ans, il répond : « Tu as fait du bon travail pour le monde des échecs. Tu as travaillé dur pour les joueurs, et maintenant tu peux donner ton âme à Dieu le cœur en paix ». Une belle leçon de légacie et d’humilité.

Une inspiration pour la scène française

Au niveau régional comme international, l’exemple de Laszlo Nagy doit nous inspirer. Dans nos ligues, en Limousin, nous avons aussi cette capacité à révéler des talents et à créer des événements porteurs. Son histoire rappelle que les échecs sont un sport accessible à tous, du débutant au maître, mais qu’ils ont besoin de passionnés pour ouvrir les portes.

La prochaine fois que vous suivrez une partie de Vachier-Lagrave ou que vous encadrerez un jeune espoir dans un club de Corrèze, souvenez-vous des Laszlo Nagy. Ces artisans de l’ombre dont le silence sacré, comme il le dit si bien, est le plus beau des bonheurs. C’est là que ça se joue, vraiment.

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