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Points clés à retenir
- Record officiel : Le match le plus long en nombre de coups (269) est celui entre Ivan Nikolic et Goran Arsovic en 1989, mais des doutes subsistent sur sa validité.
- Règle des 50 coups : Contrairement à ce qu’affirme le Guinness, cette règle était déjà en vigueur à l’époque, ce qui rend le record suspect.
- Leçon pour les clubs : Même les parties qui semblent interminables peuvent être riches d’enseignements sur la théorie des finales.
Un record qui soulève des questions
Quand on évoque les records aux échecs, on pense souvent au plus grand nombre de parties simultanées ou au plus jeune grand maître. Mais le titre de partie la plus longue en nombre de coups est tout aussi fascinant. Le 17 février 1989, à Belgrade, Ivan Nikolic et Goran Arsovic (alors Yougoslaves) ont joué 269 coups, pour une durée totale de 20 heures et 15 minutes. Pourtant, en décortiquant cette partie, je me suis rendu compte que bien des aspects méritent d’être approfondis. Sur l’échiquier, la règle des 50 coups était déjà en vigueur, et je vais vous expliquer pourquoi ce record est contestable.
Le contexte : la règle des 50 coups
Le Guinness World Records stipule : « Il y a désormais une règle des 50 coups, donc il est peu probable que ce record soit battu. » Mais cette règle existait déjà en 1989 ! C’est là que ça se joue : si les joueurs avaient respecté cette règle, la partie se serait arrêtée bien plus tôt. Le fait que le Guinness se soit basé sur des informations fournies par la FIDE (Fédération Internationale des Échecs) sans vérification approfondie est un vrai problème.
En pratique, la FIDE avait même introduit, en 1984, une règle des 100 coups pour certaines finales spécifiques. J’avais moi-même commis une erreur dans un article précédent en pensant qu’elle ne concernait que trois finales. En réalité, elle en couvrait huit :
- Roi et deux cavaliers contre roi et pion
- Roi et fou et cavalier contre roi
- Roi et tour et fou contre roi et tour
- Roi et tour et cavalier contre roi et tour
- Roi et dame et pion contre roi et dame
- Roi et dame contre roi et tour et fou
- Roi et dame contre roi et tour et cavalier
- Roi et dame contre roi et fou et cavalier
Cependant, en février 1989, la finale roi + tour + fou contre roi + tour + pion n’était pas incluse dans cette liste. Donc la règle des 50 coups s’appliquait, pas celle des 100.
La partie : un récit mouvementé
Voyons la position : après 161 coups, la partie aurait déjà dû être nulle selon la règle des 50 coups. Mais elle a continué jusqu’au 269e coup. Pourquoi ? Je pense, comme je l’avais évoqué dans un article précédent, que la partie a été délibérément prolongée. Le tournoi avait probablement pour objectif d’entrer dans le Guinness, non seulement pour le nombre de coups, mais aussi pour la durée totale.
Les joueurs disposaient d’un contrôle de temps de 2 heures pour 40 coups, puis 1 heure pour chaque tranche de 20 coups. Avec 269 coups, ils auraient pu jouer 28 heures (14 tranches de 20 coups × 2 heures), mais ils n’ont joué que 20 heures et 15 minutes. En pratique, cela signifie qu’il leur restait environ 4 heures à chacun à la fin. Pourquoi ne pas avoir utilisé tout ce temps ? Une question qui reste ouverte.
Une finale théorique… mais risquée
La finale qui s’est jouée est roi + tour + fou contre roi + tour. C’est une finale théoriquement nulle, mais difficile pour le côté qui défend. Comme je le dis souvent aux jeunes joueurs du Limousin : même les finales réputées nulles peuvent être dangereuses si l’on n’est pas précis. Les deux joueurs semblaient déterminés à pousser jusqu’à la limite.
Au niveau régional comme international, ce type de partie rappelle l’importance de connaître les finales de base. Combien de fois ai-je vu, lors de tournois à Limoges ou à Tulle, des joueurs de club perdre une finale pourtant gagnante parce qu’ils n’avaient pas étudié la théorie ?
Enseignements pour les joueurs
Ce coup change tout : si vous voulez progresser, étudiez les finales. Le grand maître français Maxime Vachier-Lagrave insiste souvent sur ce point. Décortiquons une finale de tour et fou pour en tirer des leçons pratiques :
- La technique : dans une finale tour + fou contre tour, le défenseur doit se souvenir que le fou peut créer des menaces de clouage
- La patience : même en étant mieux, il faut parfois échanger pour simplifier
- La règle des 50 coups : ne jamais l’oublier, elle peut être votre alliée ou votre ennemie
J’organise d’ailleurs un stage sur ce thème en septembre 2026 à Guéret pour les joueurs de la Creuse. Ce sera l’occasion de revoir ces positions avec des exemples concrets.
Un record à nuancer
En conclusion, le record de Nikolic et Arsovic est surtout un avertissement : les institutions doivent vérifier leurs sources. La règle des 50 coups n’a pas changé depuis longtemps, et ce record ne devrait pas être reconnu comme valide. Au niveau des clubs, cela nous rappelle de toujours étudier les règles avec rigueur. Bonne analyse à tous, et n’oubliez pas : chaque partie, même la plus longue, peut vous apprendre quelque chose.

Joueur d’échecs depuis l’âge de 11 ans, formé au club de Limoges dans les années 80.
Classé FIDE à 2 180 ELO en catégorie senior. Arbitre national depuis 2009, organisateur
de tournois régionaux et ancien coordinateur du circuit jeunes de la Ligue du Limousin.
Aujourd’hui, je partage ma passion à travers des analyses de parties, des conseils
d’ouvertures et des reportages sur la scène échiquéenne française et internationale.
Mon credo : les échecs sont un sport accessible à tous, du débutant au maître.
