
Temps de lecture : 3 min
Points clés à retenir
- Robert Hübner reste une référence allemande avec deux médailles d’or aux Olympiades, en 1972 et 1990.
- Les règles d’attribution des médailles individuelles ont évolué entre pourcentage, total de points et performance Elo.
- Frederik Svane, à seulement 22 ans, pourrait bien dépasser le record de Lothar Schmid.
Sur l’échiquier, les Olympiades d’échecs sont le théâtre des plus belles joutes. J’ai toujours été fasciné par les performances individuelles qui s’y déroulent. En pratique, décortiquons la question des médailles par échiquier, avec un focus sur l’Allemagne et ses représentants.
Robert Hübner, pionnier allemand
Avant Frederik Svane, un seul joueur allemand avait réussi à décrocher deux médailles d’or en individuel aux Olympiades. Ce coup change tout : le Dr Robert Hübner reste une figure emblématique. En 1972 à Skopje, il avait réalisé un score exceptionnel de 15 points sur 18 parties, soit 83,3 %, s’adjugeant l’or au premier échiquier. Dix-huit ans plus tard, à Novi Sad en 1990, il récidivait. Cette fois, avec 7 points sur 10 au premier échiquier, il n’était que cinquième de sa catégorie, mais sa performance Elo de 2734 lui offrait une seconde médaille d’or, récompensant le meilleur résultat global de l’Olympiade.
Voyons la position : ces deux consécrations illustrent la difficulté de briller individuellement dans une compétition par équipes. Hübner avait ce quelque chose en plus, cette capacité à élever son niveau quand cela comptait. Au niveau régional comme international, il est de ces joueurs qui marquent l’histoire.
L’évolution des règles de médailles
Les règles d’attribution des médailles aux Olympiades ont connu de multiples changements. C’est là que ça se joue : comprenez bien que le mode de calcul a varié au fil du temps. Aux premières Olympiades officielles de 1927 à Londres, il n’y avait pas d’ordre fixe aux échiquiers ; les meilleurs résultats individuels toutes catégories confondues étaient récompensés. En 1930 à Hambourg, c’est le nombre absolu de points qui primait. Ainsi, Akiba Rubinstein, premier échiquier de la Pologne, remporta l’or avec 15/17. Si le pourcentage avait été pris en compte, Alexandre Alekhine, avec 9/9 pour la France, aurait été médaillé d’or.
À partir de 1931, le pourcentage devint décisif, mais des ajustements eurent lieu. De 1984 à 2006, en plus des médailles d’or, d’argent et de bronze par échiquier, trois médailles supplémentaires récompensaient les meilleures performances Elo du tournoi. Un joueur pouvait donc repartir avec trois médailles : une par équipe, une individuelle et une pour sa performance. Ce fut le cas de John Nunn à l’Olympiade de Thessalonique en 1984 : argent par équipe avec l’Angleterre, or au deuxième échiquier avec 10/11, et or pour la meilleure performance Elo du tournoi (TPR de 2868).
Puis en 2008, la classification supplémentaire par performance fut supprimée ; depuis, seule la meilleure performance Elo sur chaque échiquier est prise en compte.
Lothar Schmid, recordman allemand
Selon la base de données OlimpBase, ni Frederik Svane ni Robert Hübner ne détiennent le record allemand du plus grand nombre de prix par échiquier. Cette distinction revient à Lothar Schmid, éditeur et arbitre, qui a remporté quatre médailles d’argent au deuxième échiquier : à Dubrovnik en 1950, Helsinki en 1952, Lugano en 1968 et Siegen en 1970. Cette comparaison inclut tous les joueurs ayant représenté l’Allemagne depuis la première Olympiade officielle en 1927, que ce soit sous la République de Weimar, le régime nazi, l’Allemagne de l’Ouest, l’Allemagne de l’Est ou l’Allemagne réunifiée.
Mais le record de Schmid pourrait être battu par Frederik Svane, qui n’a que 22 ans. La prochaine Olympiade se tiendra à Abu Dhabi en 2028. Le Limousin a toujours produit de bons joueurs, mais là, c’est l’Allemagne qui est à l’honneur.
Et pour les jeunes ?
Je me souviens d’un jeune du club de Limoges qui avait participé à une Olympiade des moins de 16 ans. Ces événements sont formidables pour la progression. Les médailles individuelles sont une motivation supplémentaire. Alors, chers jeunes joueurs, accrochez-vous : peut-être serez-vous le prochain Hübner ou Svane.
En conclusion, les Olympiades d’échecs offrent un mélange unique de compétition par équipes et de performances individuelles. Les médailles par échiquier récompensent l’excellence constante. Robert Hübner, par ses deux titres, reste une référence. Frederik Svane incarne l’avenir. Et n’oublions pas les grands maîtres français comme Vachier-Lagrave ou Fressinet, qui défendent aussi nos couleurs. Ce coup change tout : chaque Olympiade est une page d’histoire.

Joueur d’échecs depuis l’âge de 11 ans, formé au club de Limoges dans les années 80.
Classé FIDE à 2 180 ELO en catégorie senior. Arbitre national depuis 2009, organisateur
de tournois régionaux et ancien coordinateur du circuit jeunes de la Ligue du Limousin.
Aujourd’hui, je partage ma passion à travers des analyses de parties, des conseils
d’ouvertures et des reportages sur la scène échiquéenne française et internationale.
Mon credo : les échecs sont un sport accessible à tous, du débutant au maître.
